Shifty Chicken Shed – Town

Vous avez déjà pu entendre un extrait du premier effort du Poulailler Sournois dans le dernier épisode des perles de l’ huîtres mais l’album mérite qu’on lui accorde quelques instants d’attention. Soyons clair : c’est de loin l’une des choses les plus excitantes qui ait traversé mon cerveau bovin plus habitué à compter les monotones wagons en bordure de mon prés. A l’écoute l’herbe ne fit qu’un tour dans mes trois estomacs, et je courrais interroger les poules sur ce fameux poulailler sournois.
Elles me parlèrent de cette fanfare qui fait depuis la nuit des temps le bonheur des festivités gallinacières : ils jouent un genre musical nommé parl eurs soins « Charity Shop Pop  ».
Le DIY et la règle de cette équipe, venue de la perfide albion. Un style développé dans le circuit des pubs et prenant sa source dans la musique afro-américaine. Le groupe a d’ailleurs accompagné en concert la référence du genre : Dr Feelgood.
Solidement ancrés dans la tradition, ils n’hésitent pourtant pas à lui apporter une touche plus personelle. Le résultat est un disque bouillant d’inventivité, surréaliste dans sa réinvention du blues.

 

Le premier morceau évoque le R’n’B des années soixante : guitares puissantes et cuivres omniprésents sur un rythme entraînant. Puis s’y pose une voix d’ogre au parlé chanté évoquant Captain Beefheart. L’influence est criante quand le saxophone se livre à des embardées Free Jazz . Il y a du Beefheart dans ce disque, dans ses structures faussement bancales qui semblent sans cesse en mouvement.
On pense aussi au Bonzo Dog Doo-Dah Band. Comme leurs illustres ancêtres, les locataires du poulailler forment une sorte de fanfare improbable par le renfort de textures électroniques étranges ou d’un piano en roue libre. Des ambitions symphoniques se heurtent à la production très brute avant d’être happées et digérées par le blues rageur qui domine presque le disque.Ajoutez à cela l’habile entrelacement des voix féminines et masculines. On ressent une impression de masse grouillante, en apparence désorganisée mais obéissant à une logique interne diablement efficace.
Puis, parfois la machine ralentit, nous laissant apprécier la très agréable voix de Deborah Harris sur Come ou le rythme heurtés le dispute à la douceur des cuivres. Mais on ne se repose pas longtemps dans le poulailler, les ruptures rythmiques de Dominoes sont là pour nous le rappeler.

C’est au ryhtme endiablé de ce projet truffé de surprises musicales et de trouvailles miraculeuses que la bande du poulailler nous emmène dans sa ville aux rues tortueuses. On en ressort avide d’un prochain voyage.