La Taupe excavatrice 4 : la pêche à l’hippocampe

Tout amateur d’une forme d’art, tout fouineur a connu un jour le syndrome de l’artiste qui grandit trop vite. Vous savez ce moment où définitivement « c’était mieux avant », où l’on se sent dépossédé de notre petit chéri qui se perd en grimace et mimiques de singe savant puisque la foule qui nous l’a volé ne voit et n’aime en lui que les menus défauts que nous trouvions charmants et les petites manies qui trouvaient encore grâce à nos yeux brillants d’émerveillement. Mais la foule elle s’en fout, elle jette des cachuètes, le petit singe se ridiculise et Hippocampe Fou sort Aquatrip.
Je n’ai pas aimé Aquatrip, trop caricatural et symptomatique du rap pour ceux qui aiment pas le rap. Hippocampe y forçait sa loufoquerie sur des morceaux sans saveur, d’autant plus désolants qu’ils cotoyaient de vrais petits chefs d’oeuvres. On voyait là le danger de ce type de rap : devenir finalement aussi conformiste et plein de clichés que le rap « ter-ter » auquel les médias, aussi peu connaisseurs de leur sujet qu’habitué à la nuance, aiment l’oposer.
Mais la Hippo revient avec Céleste, un album qui rachète tout. Plus concis, plus fouillé et bénéficiant d’une production musicale plus homogène tout en laissant un vaste champ de possibles au flow polymorphe du MC. Dieu sait comme je crains les morceaux à concept et l’écriture à trucs (basée sur un champ lexical ou préparant une chute souvent sans intérêt) qui n’a pour moi aucun intérêt quand son seul propos est une démonstration technique sans saveur. Vous l’aurez compris, ce n’est pas le cas sur le morceau « Mes échecs », excellente chanson d’amour.
Ce nouvel album réussit là où le précédent échouait : il propose un voyage à travers un véritable univers, riche en émotions et en inventivité, on regrettera juste quelques featurings dispensables.

Ce que je reproche le plus souvent au rap français (et à l’art en général) c’est de ne jamais sortir de sentiers battus qui sont plus nombreux qu’on ne croit et, par conséquent, de manquer d’aspérités à la manière d’un mannequin photoshopé dont le seul but est de vendre le dernier bout de tissu promis à la gloriole éphémère. Heureusement il y a La Merta et son premier EP Métaphysique des Mouches. La Merta c’est du rap furibard et malin sur fond de contrebasse, d’accordéon et de beatbox. Un instrumentarium minimaliste, petit mais costaud, sur lequel se pose la rappeuse Zeuzloo. Zeuzloo ne cherche pas la technique stérile et ne se complait pas dans l’interprétation spoken word complaisante et bidon à l’image de certains groupes dont les noms ne souilleront pas mon clavier azerty. Zeuzloo cogne puis serpente en souplesse quand les monolithes se trainent lamentablement. La Merta c’est une formation qui me rappelle ni plus ni moins que « Concerto pour détraqués » et ces petits agités là deviendront grand. Je leur souhaite de botter encore un maximum de paire de fesses et bien d’autres choses, ils se serviront dans le sac.

Enfin, pour finir en douceur, on a le EP de Tabs and Keys. Rock bricolé à la maison, voix magnétique sur des instrumentaux sombres et répétitifs, Tabs and keys nous offre un (trop) court voyage dans une paisibile ville fantôme.

Comme d’habitude, à bientôt si tout va bien et bonne écoute.