La Taupe Excavatrice 6 : C’est le Diable qui s’emmèle

Bonjour à tous ! En récupérant du temps au compte-gouttes sur ces dernières semaines j’ai enfin pu boucler le sixième épisode des aventures de la taupe avec au programme du rap, du blues et les deux à la fois. Bonne lecture.

1 Shifty Chicken Shed : Mr Pergolas ever creasin’ shirt

J’avais déjà écrit ici tout le bien que je pensais du premier opus du poulailler sournois. Town était le creuset d’un style enraciné dans la tradition mais profondément original, j’étais impatient de voir quelle suite on pouvait donner à ce disque.
La réponse m’est venue des mains d’un facteur consciencieux, c’est dire son caractère exceptionnel ! Le disque lancé avec fébrilité, force est de contaster une évolution conséquente chez nos amis. Le son est plus puissant plus précis que sur le premier album, on passe d’un groupe de pub passablement éméché à une fanfare tout aussi titubante. On retrouve les structures faussement bancales, le groove qui lorgne vers le cabaret, le subtil entrelacement des voix féminines et masculines, les embardées free jazz et des pistes sorties de nulle part qui couvrent la chanson comme si une partie de l’orchestre s’était oubliée . La charity shop pop se porte bien, elle reste pauvre et se concentre sur un groove parfois funk pour eclater en puisance le long des deux morceau marathons qui cloturent le disque. Petits moyens, ambitions immenses, c’est la recette de Shifty chicken shed pour nous faire voyager dans tous les recoins de leur immagination débordante. Un disque encore une fois inventif, énergique et chaleureux parfaitement adapté aux baisses d’energie due à la météo.

2 Lucio Bukowski et Kyo Itachi – Kiai sous la pluie noire

Lucio Bukowski est pour moi un cas d’école, le genre de rappeur que j’adore ou déteste à tour de rôle, un type capable de merveilles comme de fonds de tiroir sentant dangereusement le réchauffé. J’attendais néanmois beaucoup de sa collaboration avec Kyo Itachi, lui aussi spécialiste de sorties qualitativement en dents de scie. Puis j’ai vu sur les réseaux sociaux l’un des intéressés annoncer un « french Madvillainy », j’attendais encore plus impatiement mais tout de même au tournant. Quelle n’as pas été mon erreur : l’album est un perle, 30 minutes de voyage mental du à une alchimie parfaite entre les deux composants. Des beats minimaliste et expressifs habités pleinement par un Lucio en grande forme.
Je dis « habités » car c’est pour moi la principale qualité de cette collaboration. Le problême principal de Lucio pour moi résidait dans son flow et sa voix agréable à l’oreille, identifiable mais trop monotone. Voilà le problême résolu : sans être devenu un technicien hors pair (et d’ailleurs quel intérêt?) le MC a fluidifié sa diction et travaillé ses placements : il se fond dans la prod, chaque mot est placé parfaitement au bon endroit créant un flux musical homogène. Il gagne alors en force d’interprétation : sa voix répond au sample, se fait voilée par moment et rageuse par d’autres. Un vrai tavail d’orfêvrerie

3 Cornelius the third – Cornelius the third

« Programmez moi chez vous et laissez moi dormir sur votre parquet », voilà la demande de Cornelius troisième, rappeur de Pennsylvanie. La musique est à l’avenant : un rap blues poisseux et débraillé dont pas mal de musiciens prétendant officier dans un de ces genres (voir les deux) devraient s’inspirer. Parcequ’ils vous manquent quelquechose que ce type possée parfaitement : le supplément d’âme.
Le blues-rap de Cornelius joue la carte de l’imagerie outlaw à fond, la superbe pochette signée Roy Hames nous met au parfum : celui du camboui, des ùarécages et des grands espaces. Les rivieres, la pleine lune, le kid, les jeux de carte et évidement les cimetières, la mort et la croisée des chemins ou un VRP au regard vicieux à un bon contrat à vous proposer.
Le rappeur de Philadelphie delivre un album court et intense. Energique, habité et profondément terrien, sa musique est gorgé du blues ancien, de ses histoires de fantômes, de démons et cimetières. Certains sous nos lattitudes ont essayé pour un résultat assez piteux. Il serait bon de réviser ses classiques avant de prétendre à ce genre de résultat, l’imagerie seule ne fait pas tout n’est-ce pas ? On se souviendra à leur endroit du mot de Demaesmeker au brave Prunelle « C’est le diable qui s’en mèle !
-Et bien qu’il vous emporte ! »

Je vous souhaite de bonnes fêtes et une bonne écoute de ses projets. Je vous retrouve bientôt ans le meilleur des cas.